Où vous situez-vous dans votre rapport au lecteur? Vous semblez cultiver l'art de capter et garder toute son attention…

Pour moi un livre n'existe vraiment qu'à partir du moment où il est lu, quand les personnages se mettent à exister dans la tête du lecteur. C'est aussi la lecture du texte qui lui donne vie. Personnellement, j'écris toujours le roman que j'aimerais savourer en tant que lecteur, et quand j'écris je me raconte l'histoire à moi-même. Comme le dit Paul Auster, « Tout roman est une contribution à part égale entre l'auteur et le lecteur ».

Contrairement à certains autres auteurs, vos romans seraient assez difficilement transposables à l'écran, en tout cas dans toutes leurs nuances, vu votre usage de toutes les subtilités du support écrit - suggestion, sous-entendu, émotion, citation, structure.

Oui, c'est vrai que l'une des particularités de ce roman, c'est de plonger au cœur de l'intime. La jeune fille et la nuit est ce que je qualifierais de thriller intime, c'est-à-dire que l'intrigue se situe purement au niveau mental, tout comme les retournements de situation principalement appréhendables à travers la psychologie des personnages, ici, très tourmentés.

Le lecteur s'immerge dans leurs univers mentaux respectifs, dans leurs têtes. Ce genre d'approche m'attire depuis que j'ai commencé à lire, j'ai toujours apprécié pénétrer au cœur de l'âme humaine par ce biais. Pour en revenir à votre question, il y a effectivement plus de nuances dans un roman que dans un film, en tout cas par rapport à ce type d'histoire.

Vos romans sont parsemés de références qui renforcent la compréhension de l'histoire, en soulignent la tonalité, le cœur narratif… Rien que le titre La jeune fille et la nuit nous renvoie - notamment - à l'archétype de la descente aux enfers et de la renaissance. Sans oublier les citations d'auteurs (Michaux, Camus, Atwood, London, …) qui sont tout autant de guides.

C'est complètement ça, j'aime jouer avec certaines images, avec certains symboles. Mais il y a une différence de sens entre La jeune fille et la mort, que ce soit en référence - entre autres - à Schubert, ou encore le titre du livre qu'un des protagonistes du roman, un journaliste, compte écrire à propos d'une histoire de meurtre, et le titre de mon livre : La jeune fille et la nuit. La nuit et la mort ne sont pas du tout les même choses, il existe entre eux un différentiel intéressant. J'aime jouer sur une certaine attente, la provoquer, j'aime aussi mélanger les genres. L'une des caractéristiques des romans qui deviennent des best-sellers, c'est de pouvoir agréger des publics différents, qui lisent les romans pour des raisons différentes. Généralement mes intrigues peuvent se comprendre à deux niveaux. Un premier qui est le plaisir de tourner les pages, de progresser dans l'enquête, ici en l'occurrence : « Qu'est-il arrivé à Vinca Rockwell ? » Le deuxième niveau aborde des thèmes plus profonds : la relation parents-enfants, l'amour qui nous élève et qui nous détruit, c'est l'impact constant du passé sur nos vies… C'est en ça aussi que le roman à suspense peut être riche, il peut avoir à la fois une dimension ludique et plus profonde.

Dans vos ouvrages, vous citez autant des écrivains pointus que plus grand public, des films, acteurs et réalisateurs, des musiques… ce mélange est-il pour vous un moyen de procurer des degrés différents de lecture ? Et les références issues de la pop culture et du monde des stars permettent-elles de décrire une ambiance, une émotion ou un personnage ‘à l'économie’ ?

J'ai toujours estimé que la culture doit se partager, et s'aborder sous l'angle du plaisir. Et qu'une lecture doit en entraîner une autre, ou vous donner envie de voir un film, d'écouter un morceau de musique… En tant que lecteur ou spectateur, j'apprécie donc quand une œuvre m'amène vers une autre. Du coup j'ai institué ce jeu de partage avec les lecteurs depuis de nombreuses années (ndlr : il faut consulter les listes de références à la fin des romans de Guillaume Musso). La culture doit être un processus cumulatif, sans snobisme. J'ai été élevé dans cet état d'esprit par mes parents, et notamment par une mère bibliothécaire, qui a toujours mis l'accent sur le fait qu'il fallait avoir une culture classique (Proust, Flaubert, les films de Sautet, Tarkovski…), mais aussi apprécier Stephen King, Marcel Pagnol, Barjavel, Les Bronzés ou Star Wars. Je vois donc les choses de cette manière ouverte depuis ma préadolescence, il faut se nourrir de tout. Et pour répondre complètement à votre question j'ajouterais ceci : quand je commence un nouveau livre, je prends des notes, je développe la biographie de chacun des personnages. Ce qui inclut leur histoire personnelle, mais aussi leurs goûts musicaux, littéraires, cinématographiques… Ça m'aide à procurer à ces abstractions d'encre et de papier une épaisseur, à leur insuffler de la vie. Ces références me viennent spontanément. Par contre, certains compositeurs tels que Keith Jarret ou Mozart m'aident à m'isoler du monde, à fermer la porte. Il suffit que je sois équipé d'un casque, et je peux travailler dans n'importe quel endroit.

À travers les références dont nous venons de parler, à travers le récit, et la parole ‘solo’ cédée à différents personnages, vous créez une multiplicité de vérités, et évitez l'écueil de la morale facile.

Ces points de vue multiples constituent un moyen un petit peu élégant d'utiliser une technique narrative à même de maintenir le suspense… autre que le sempiternel ‘cliffhanger’. Ici je passe par plusieurs focalisations, qui permettent de revisiter une même scène à travers le ressenti et la perception de différents protagonistes. Et ce qui est important c'est que chacun raconte sa vérité, notamment concernant ce qui arrive au personnage de Vinca. Et comme le tout n'est pas égal à la somme des parties, cette fameuse vérité kaléidoscopique nous échappera toujours, on peut s'en approcher, mais elle n'existe pas vraiment. C'est aussi un des thèmes du roman : la relativité de la vérité.

Une étourdissante mise en abîme, vu que cela exprime… le rapport entre l'individu et le monde !

J'aime cette frontière où réalité et fiction se mélangent. J'aborde ces thèmes : le pouvoir de l'écriture, le pouvoir de la fiction pour contrer parfois la cruauté de la réalité. J'aime rappeler que, malgré que les auteurs livrent toujours un peu d'eux-mêmes dans chacun de leurs romans, ce n'est pas pour autant de l'autofiction ! Dans le cas de La jeune fille et la nuit, j'avais l'histoire en tête depuis longtemps, je voulais écrire un ‘campus novel’ qui, à la base se passait tantôt à Harvard, tantôt à Berkeley, tantôt dans une université fictive du Maine. Mais je n'arrivais pas à commencer à l'écrire, mes idées manquaient de densité. Et d'un seul coup le déclic s'est produit : il fallait dépeindre cette histoire avec les couleurs de la Méditerranée, la garrigue, la Côte d'Azur, et des lieux que je connaissais bien. Et vu que j'ai l'âge du narrateur, qu'il est également romancier, c'était marrant de mettre certains détails et références plus personnels, alors que l'histoire en soi n'a pas une once d'autobiographie. C'est en tout cas un des romans que j'ai pris le plus de plaisir à écrire, il était inattendu, un salutaire hasard. En plus cela fait très longtemps que les gens du Sud de la France, à chaque fois que j'y retourne, me demandent « quand vas-tu écrire un roman qui se passe chez nous ? ». J'en avais très envie, mais l'envie ne suffit pas. Je suis très content, car les retours que j'ai sont ressentis comme une déclaration d'amour à cette région. Pour moi c'est très important.

Vous estimez vous être livré plus ouvertement dans La jeune fille et la nuit ?

Ni plus, ni moins que d'habitude. Tous mes romans sont personnels, dans la mesure où ils passent par le prisme de ma sensibilité, et je tente à chaque fois de rentrer en empathie avec mes personnages. Peu importe qu'ils soient ‘gentils’ ou ‘mauvais’. Nous vivons une époque où nous sommes entourés d'énormément de sources de fictions, au milieu de tout cela, ce qui fait la différence, c'est l'impact des protagonistes, s'ils sont intéressants ou non. Et ce, quel que soit leur côté moral ou amoral. J'ai toujours détesté les romans à la morale ampoulée. Ce qui importe, c'est leur complexité et la fascination qu'ils peuvent exercer sur le lecteur ou le spectateur, l'identification ressentie. Lors des rencontres avec mes lecteurs, parfois ils me demandent ce que devient tel ou tel personnage, comment il va. Il continue à vivre dans leur esprit. Dans ces cas-là, je me dis que c'est gagné.

Vous travaillez toujours sur base d'une table des matières avec des ‘mouvements’, ‘sous-mouvements’, conclusion… Cela ressemble fort au découpage d'une œuvre de musique classique ou à un opéra. Je ne peux m'empêcher d'y penser vu la référence ‘implicite’ à Schubert.

C'est exact, je dirais classique ou jazz. Peu de gens me font cette remarque alors que c'est complètement vrai. La structure pour moi, c'est quelque chose d'important, qui peut paraître contraignant, mais la structure n'exclut pas l'improvisation, c'est pour cela que je me situe entre la structure classique et l'improvisation du jazz. C'est important pour moi d'écrire avec un squelette de base, quelque chose qui se tienne, à partir d'un plan. Dennis Lehane dit souvent qu'il y a une partie ‘tuyauterie’ dans l'écriture, et il ajoute après que nous ne sommes pas pour autant des plombiers ! Au moment où l'auteur commencer à rédiger, il doit être ouvert à ce que la rédaction apporte d'imprévu, d'irrationnel. Ce mélange de structure et d'ouverture apporte la magie nécessaire à la réussite d'un roman. Il faut ressentir une forme d'excitation apportée par l'imprévu, c'est important. Stephen King résume cela de la sorte : écrire un nouveau roman, même s'il y en a 10 ou 20 derrière, c'est à chaque fois escalader l'Himalaya pieds nus ! Tout cela est finalement assez mystérieux, il n'y a pas de recette, juste des petits bouts de méthodes. Ça m'est arrivé fréquemment de mettre au panier 60, 70 pages car je sens que l'histoire ne fonctionne pas comme je l'aurais souhaité. Pour en revenir à Schubert, je l'ai beaucoup écouté pendant la rédaction du roman, qu'il imprègne au final.

J'ai trouvé votre rapport au temps, à la mise en place de l'intrigue surprenant. À une époque où tout va (trop) vite, vous prenez votre temps pour déployer votre intrigue. Il y a un savant équilibre entre légèreté et profondeur.

Oui, ça c'était aussi une volonté de ma part de ne pas jouer la surenchère, surtout au début de l'histoire. Plus je vieillis, plus j'apprécie les récits qui laissent le temps au temps. Mona Ozouf parle très bien de cela : la lecture c'est un temps qui aujourd'hui, dans une société cannibalisée par les images, les flux d'information, est un moment calme, personnel, totalement différent de celui du travail, de la société, de la famille. Il faut coûte que coûte préserver ces moments personnels et ‘ralentis’, y compris de la part des auteurs et des lecteurs, dans les romans à suspense. C'est une manière de ressentir un vrai instant de plaisir. Par rapport aux romans que j'ai rédigés il y a une dizaine d'années, je m'attarde plus sur les atmosphères, les ambiances, soit l'écrin qui va accueillir le lecteur, et le faire rentrer pleinement dans le récit.

 

Le prince des marées de Pat Conroy, j'adore l'offrir, en particulier à des gens qui me disent qu'ils n'aiment pas lire. C'est un roman situé dans le cadre idyllique de la Caroline du Nord, plein de souffle, d'intimité, sur fond de saga familiale.

Belle du Seigneur d'Albert Cohen. Je l'ai lu quand j'avais 18 ans, à cette période de transition entre l'adolescence et l'âge adulte, période où les lectures marquent particulièrement. Cette oeuvre m'a fait prendre conscience de la différence entre l'amour qui élève et la passion, souvent destructrice.

Le hussard sur le toit de Jean Giono, parce que c'est un livre qui m'a appris que la médiocrité était une maladie contagieuse (rires), Giono utilise comme métaphore une épidémie de choléra, qu'il valait mieux ne pas fréquenter.

Je n'ai pas de titre en particulier en tête. Personnellement je lis de tout, et j'aime autant que l'on me conseille des lectures, qu'être surpris lorsque je reçois un cadeau.

J'aimerais citer un extrait de Sun Bears Concerts (1978) de Keith Jarrett : le morceau Encore Tokyo, une pièce qui fut jouée en rappel. Il s'agit d'une improvisation tellement magnifique qu'elle a été retranscrite par la suite, et est devenue un morceau ‘classique’… qui pourrait servir de bande-originale à n'importe lequel de mes livres !

Un cœur en hiver, un tardif de Claude Sautet et un de ses meilleurs films. Il y exprime avec beaucoup d'élégance et très justement la complexité des sentiments. 

 
 

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