
Je pense que l'introspection n'a pas grand sens en soi. C'est en
parlant des autres qu'on se révèle le mieux, dans la mesure où l'inconscient
se mêle à la conscience. Mais là n'est pas en l'occurrence
le plus important. Le plus important est que rien ne me paraît plus
symbolique de l'État de Poésie que ce qui arrive à Moïse. À savoir
que pendant quarante ans il emmène le peuple juif vers la terre de
Canaan qui lui est promise et que du haut d'une montagne au pays
de Moab, il le contemple mais sans pouvoir y entrer lui-même. Seuls
ses compagnons peuvent y pénétrer. C'est, si on peut dire, son mini
Golgotha. De même, dans l'État de Poésie, on n'atteint jamais cet
ineffable - l'être - que l'on vise. Raison pour laquelle j'ai intitulé ce
livre, contenant les Carnets 2008 et 2009, Les Hauteurs de Moab. Je
dirais encore pour tout résumer, qu'en ce qui me concerne, l'État de
Poésie, Moïse, le Christ, tout se tient. Oui, ce qui est perdu dans le
relatif est un gain dans l'absolu. Bref, l'universel est là, au travers
même des religions les plus diverses. Du moins me semble-t-il.
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